Chez SARKOZY, la conscience tranquille
Au sein du parti majoritaire, les propos de Nicolas
HULOT n’empêchent pas de dormir. "Peut-être est-il déçu
de ne plus voir de battage médiatique autour de lui ?"
fait ainsi mine de s’interroger Roselyne BACHELOT, avant
d’ajouter qu’"on ne peut pas faire de la politique par
compartiments et traiter uniquement du réchauffement
climatique, en oubliant les retraites, la pression fiscale,
l’immigration et tout le reste"... La députée européenne
voit mal le présentateur d’Ushuaïa - qui a selon elle
"réussi à sortir l’écologie du ghetto extrémiste dans
lequel elle se trouvait" - "distribuer bons et
mauvais points" aux candidats avant le 22 avril. Selon
l’ancienne ministre de l’Écologie, "cela reviendrait pour
Nicolas HULOT à faire des procès d’intention. Or, s’il
devait quitter le domaine de la bonne foi, il deviendrait un
petit politicien, ce qu’il ne veut pas être". "Il a
tout fait pour rester apolitique et ne veut en aucun cas
représenter une menace", renchérit Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET,
déléguée générale à l’écologie au sein de l’UMP, qui, si
elle regrette "les ambiguïtés" d’HULOT, ne lui tient
pas rigueur d’"utiliser les artifices de la médiatisation
politique pour faire émerger à nouveau ses idées, puisque le
souffle du Pacte est un peu retombé". Une analyse que
tendrait à confirmer l’attitude de Nicolas HULOT lui-même,
qui s’est réjoui, trois jours après ses déclarations
menaçantes, que "les différents candidats se manifestent"
à nouveau sur les questions écologiques, depuis sa "reprise
de parole". "Je ne vois pas pourquoi il y aurait à
craindre quoi que ce soit," estime donc la députée de
l’Essonne, selon laquelle la mise au second plan de
l’écologie s’explique en grande partie par le traitement
médiatique de la campagne. "L’un des problèmes est que
les journalistes politiques ne sont pas du tout thématisés",
explique-t-elle ainsi, avant d’évoquer l’émission J’ai
une question à vous poser, sur TF1, durant laquelle "aucune
question sur l’écologie n’a été posée à Nicolas SARKOZY,
alors que nous avions travaillé sur ce sujet". Et
depuis, souligne Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET, le candidat de
l’UMP, par ailleurs chahuté par plusieurs associations sur
la question des OGM (lire ci-contre), "prend les
devants en évoquant dans chacun de ses discours un des
aspects de son programme pour l’environnement".
Chez ROYAL, l’appel à la transparence
Dans l’entourage de la
candidate socialiste, l’intervention tonitruante de Nicolas
HULOT a été modérément appréciée "Après avoir lu Le
Parisien, raconte Bruno REBELLE, conseiller de Ségolène
ROYAL pour l’environnement, j’ai aussitôt appelé Nicolas.
Il m’a dit qu’il s’était un peu fait piéger car ses propos
plaçaient tous les candidats au même niveau alors que
Ségolène ROYAL, il l’a reconnu, parle beaucoup plus
d’environnement que les autres."
Or, et c’est bien là le problème pour le PS, cette
confidence réconfortante n’avance pas à grand-chose tant
qu’elle ne devient pas publique. "Il va devoir être
profondément honnête et dire que tous les candidats ne sont
pas égaux sur le thème de l’écologie", poursuit Bruno
REBELLE, qui réclame une "démarche transparente" et
se dit gêné par la "neutralité excessive" de
l’animateur de télévision. "En disant " Tout le monde a
signé mon Pacte, c’est formidable ", il a créé les
conditions d’un piège qui s’est refermé sur lui", estime le
conseiller de Ségolène ROYAL, qui encourage aujourd’hui
HULOT à prendre parti. Car "s’il dit que tel ou tel
candidat lui semble être le plus proche du Pacte écologique,
cela peut faire basculer un certain nombre de votes et avoir
des conséquences sur le résultat d’une élection qui
s’annonce très serrée". Sous-entendu des conséquences
favorables pour Ségolène ROYAL - qui a revu HULOT mardi,
lors d’une rencontre avec de nombreuses ONG
environnementales -, puisque la candidate socialiste ne
pense pas pouvoir être prise en défaut sur la thématique
écologique. "Le Pacte présidentiel fait de l’excellence
environnementale un de ses piliers", rappelle ainsi
Bruno REBELLE. Le collectif d’associations L’Alliance pour
la planète avait d’ailleurs gratifié la candidate socialiste
d’un très honorable 13/20, au moment de noter les programmes
des candidats fin février. Et outre son CV - elle a été
ministre de l’Environnement au sein du gouvernement
BÉRÉGOVOY en 1992-1993 -, Ségolène ROYAL s’applique aussi à
mettre régulièrement en avant son bilan dans la région
Poitou-Charentes qui, selon son conseiller, "prouve que
l’écologie n’est pas pour elle un enjeu secondaire".
Chez BAYROU, la carte LEPAGE
Depuis le 10 mars, François BAYROU et l’écologie se sont
trouvé une grande amie commune, en la personne de Corinne
LEPAGE. "Cela prouve que leurs projets étaient
compatibles", souligne ainsi Julien RIVALS, spécialiste
des questions environnementales au sein du bureau politique
de l’UDF. Le ralliement de l’ancienne ministre de
l’Environnement a d’ailleurs été rapidement exploité et a
immédiatement eu des conséquences sur le discours du
candidat centriste. "Au Zénith de Paris, le 21 mars,
François BAYROU a insisté sur les enjeux et les défis qu’il
fallait relever en matière d’environnement", souligne
Julien RIVALS, qui regrette que ce discours - le candidat
centriste est allé jusqu’à évoquer un "projet de société"
basé sur l’écologie - ait eu très peu de retentissement
médiatique. Quoi qu’il en soit, à l’UDF, on estime n’avoir
rien à prouver en la matière. "François BAYROU ne met pas
du développement durable partout, mais il a été le premier à
répondre point par point à Nicolas HULOT", souligne le
responsable de l’UDF, selon lequel "il y a aussi une
volonté chez BAYROU de ne pas jouer la surenchère sur ce
sujet, de ne pas en faire un thème de clivages". Du
coup, Julien RIVALS - même s’il "trouve positif que
Nicolas HULOT continue à jouer la mouche du coche" -
estime "un peu injustes" les réflexions du
présentateur de télévision, dont il pense qu’il "ne peut
pas reprocher grand-chose à François BAYROU, en tout cas pas
grand-chose de plus qu’aux autres candidats". Quant à
Corinne LEPAGE, qui se félicite d’avoir vu le candidat
centriste reprendre plusieurs de ses propositions, elle
souligne que "le discours du Zénith, plus qu’une réaction
aux déclarations de HULOT, est une conséquence du travail
accompli ensemble". Et l’ancienne ministre de
l’Environnement, pas tendre avec le présentateur d’Ushuaïa
dont elle considère qu’il a plombé sa candidature (lire
"Trois questions à..."), est prête à jouer pleinement
son rôle auprès de François BAYROU. "Si Nicolas HULOT
veut le critiquer, dit-elle, alors je m’en
expliquerai avec lui..."
Un bulletin de notes qui fait débat
La semaine prochaine, L’Alliance pour la planète
publiera un nouveau classement, notes à l’appui, des
propositions écologiques des douze candidats à la
présidentielle. Principe de l’exercice : évaluer les
programmes des prétendants à l’Élysée au regard de 24
mesures jugées indispensables par le collectif
d’associations. En décembre dernier, un premier classement
avait été établi et portait sur l’action des partis ayant
gouverné durant les dix dernières années, à savoir l’UMP,
l’UDF, le PS, le PCF et les Verts. Résultat : des notes
oscillant entre 4,5 et 11. Lors de la dernière évaluation,
le 26 février, Dominique VOYNET et Corinne LEPAGE, qui est
désormais hors course, avaient obtenu la meilleure
appréciation (16,5), devant Ségolène ROYAL (13). Les autres
n’ont pas atteint la moyenne, François BAYROU et
Marie-George BUFFET récoltant un 9 et Nicolas SARKOZY un
8,5.
Une évaluation redoutée
Le prochain verdict sera observé avec attention dans les
états-majors de campagne, même si la légitimité du
classement fait débat dans les entourages des candidats.
Ainsi, alors qu’elle se déclare "tout à fait favorable à
la mise en place par Nicolas HULOT d’un observatoire des
mesures écologiques prises après l’élection présidentielle",
Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET déplore que L’Alliance pour la
planète "ait dérapé en tombant dans la politisation, à
l’inverse de ce que souhaitait faire" le présentateur d’Ushuaïa.
À l’UDF, Julien RIVALS se demande "quel est le
référentiel" de ce classement, en soulignant que "si
l’on devait évaluer un programme économique, la notation
d’un marxiste serait totalement différente de celle d’un
libéral". Le responsable centriste regrette que, pour le
dernier bulletin de notes, "si on ne disait pas qu’on
était antinucléaire, on avait automatiquement zéro sur ce
sujet".
L’UDF trouvera peut-être moins à se plaindre de la prochaine
évaluation, puisque selon Yannick JADOT, de Greenpeace
France, association membre de L’Alliance pour la planète,
François BAYROU fait partie de ceux qui "ont clairement
évolué" sur la question écologique. S’il était bien
noté, le candidat centriste pourrait demander à Nicolas
HULOT, comme le fait déjà Bruno REBELLE pour le compte de
Ségolène ROYAL, "d’interpréter publiquement le classement
de L’Alliance pour la planète".
















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