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Imprimer au format A4 (Print)Inscrire un nouveau membre (New recipient)Le site officiel France Bleue Le livre de Henri Prévot : Trop de pétrole ! 2007/2/4

Retour à la Lettre de février 2007
 

Comment faut-il le dire pour être entendu : il y a trop de pétrole

  • Un livre qui décoiffe et se bat (utilement) contre une idée reçue : "la planète va manquer de carbone fossile". Ce qui implique que son prix augmenterait favorisant ainsi le développement des énergies renouvelables. Il n'en est malheureusement rien pour la planète !

    La France peut-elle agir sans attendre de solution mondiale ? Oui, car c’est là son intérêt économique et stratégique. Les analyses et les propositions d’Henri Prévot sont très argumentées et n’éludent aucune des questions, celles que se posent les experts comme celle que pose le grand public : l’avenir du nucléaire, la suite du protocole de Kyoto, la fiscalité, les quotas, etc. Cet ouvrage est donc une référence dans le débat qui s'ouvre avec les négociations européennes et internationales. Evidemment, il aurait du être central dans le cadre des présidentielles. Mais comme le pacte a tout dit...

    En réalité, ce livre tord le cou aux idées reçues (et fausses) qui soudent depuis 1967 une complicité d'argumentation entre les pétroliers et les alter-écologistes. A la différence du pacte, il est temps d'en sortir...

    Bref, il est indispensable de lire cet ouvrage dont nous vous présentons ci-dessous une critique attentive qui participe également au compte-rendu de l'intervention de Henri Prévot lors de la table ronde carbone du 19 décembre 2006.

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  • La présentation du livre par Jean-Pierre Dupuy est disponible dans Réalités Industrielles





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    Lecture du livre : "Trop de pétrole" 'Seuil 2007)

    La réunion de Paris du GIEC, groupe intergouvernemental d’études du climat, le confirme : si les émissions de gaz carbonique dues à l’activité humaine se poursuivent au rythme actuel, l’humanité court à la catastrophe. En France les responsables politiques semblent s’en être rendu compte ; plusieurs missions d’information parlementaires en ont traité en 2006 et tous les candidats à l’élection présidentielle se disent déterminés à agir.

    Mais, il faut maintenant entrer dans le concret : comment procéder pour diminuer nos émissions, quelles techniques utiliser, combien cela coûtera-t-il, quelles politiques publiques mettre en œuvre ?

    Dans la littérature sur l’effet de serre, on voit de nombreux ouvrages qui nous alertent ; on en voit aussi qui traitent de différentes techniques mais sans les situer dans un tableau d’ensemble et sans donner d’indication sur leurs coûts ; on en voit d’autres qui proposent ou étudient un moyen de politique publique, tel que la réglementation, les marchés de permis ou la fiscalité mais sans les situer dans un tableau complet de la politique à mener pour lutter contre les émissions.

    Il est également nécessaire de répondre à deux questions qui sont souvent occultées mais que tout le monde se pose :
  • Pourquoi faudrait-il limiter volontairement nos émissions si l’on nous dit que nous allons manquer d’énergie fossile ?
  • Pourquoi la France, dont les émissions sont beaucoup plus faibles que celles des autres pays développés, devrait-elle faire un effort supplémentaire avant que les autres pays ne fassent aussi bien qu’elle ?

    On attendait donc un ouvrage qui aborde frontalement ces questions et qui présente un tableau d’ensemble, technique économique et politique, situé dans le contexte géostratégique. C’est ce que fait brillamment Henri Prévot, ingénieur général des mines, dans « Trop de pétrole ! », publié par le Seuil en janvier 2007.
  •      

    Epuisement des ressources en énergie fossile (pétrole, gaz et charbon) ou surabondance de ressources ?

    C’est la première question à se poser. S’il s’agit de se préparer à l’épuisement des ressources, laissons donc le marché jouer ! Le rôle de l’Etat se limite alors à diffuser l’information ainsi qu'à apporter un secours à ceux que l’augmentation des prix mettra en situation de détresse.

    Mais, en réalité, pour limiter le réchauffement à ce qui sera supportable, il faudra laisser sous le sol plus de la moitié des ressources accessibles à un prix que nous sommes prêts à payer. Il faudra donc limiter la consommation par un effort de volonté. La volonté individuelle n’y suffira évidemment pas. Il faudra donc des décisions politiques, c'est-à-dire des décisions prises par les Etats. Tous ceux qui nous parlent de l’épuisement des ressources se rendent-ils compte qu’ils disent aux Etats, en subliminal, qu’ils n’ont rien ou presque rien à faire ? Bien au contraire, l’intervention des Etats est absolument nécessaire.
         

    Autre question critique que personne n’aborde : pourquoi la France agirait-elle seule ?

    Pour répondre de façon responsable, il faut évidemment avoir une idée du coût d’une telle action menée aux avant-postes.

    Henri Prévot nous présente d’abord quelques ordres de grandeur simples :
  • la France émet chaque année 105 MtC (millions de tonnes de carbone) ;
  • dans trente ans, l’évolution tendancielle nous conduirait vers 140 MtC.

    Si l’on veut diviser les émissions par deux ou trois, dans la ligne d’une division par quatre en cinquante ans, il ne faudra pas émettre plus de 40 MtC, soit 100 de moins que l’évolution tendancielle. A part la biomasse, les ressources renouvelables (éolien, solaire, géothermie, etc.) ne pourront pas éviter plus de 10 MtC, la biomasse entre 25 et 30 MtC. Si les économies d’énergie permettent de stabiliser la consommation ou de les diminuer un peu, cela évitera 30 à 40 MtC.

    Comment trouver les 25 MtC de réduction d’émission qui manquent ?

    Ici, bien loin des discours ambiants qui prétendent financer des économies d’énergie très coûteuses – mais avec quel argent ? -, on culpabiliser ceux qui prennent leur voiture ou qui prennent un bain au lieu de se doucher (en moins de dix minutes), Henri Prévot introduit dans ses scénarios des propositions concrètes et réalistes parfois bien connues et acceptées de tout le monde (véhicules hybrides rechargeables, biocarburants de seconde génération, pompes à chaleur, évolution de l’urbanisme, etc.), parfois bien connues mais refusées par certains qui ont bien du mal à équilibre ressources et utilisation de l’énergie (augmenter la capacité nucléaire), parfois plus originales (dans l’eau du chauffage central, en plus du brûleur à gaz ou à fioul, introduire une résistance électrique dont on coupera l’alimentation lorsque l’électricité coûtera cher et instituer sur la production d’électricité un contrôle public très serré pour que le consommateur bénéficie de l’électricité la moins chère possible).

    Il chiffre tout cela en quantité et en coût et calcule que nous pourrons émettre deux ou trois fois moins de gaz carbonique fossile en dépensant chaque année environ 30 milliards d’euros de plus que si nous ne nous préoccupions pas d’effet de serre, soit moins de 2 % de notre PIB d’aujourd’hui, moins de 1,5 % de ce qu’il sera dans trente ans. Même si ses estimations peuvent paraître parfois un peu optimistes, elles montrent que le coût de la réduction des émissions n’est pas si élevé qu’on aurait pu le craindre en voyant le résultat des modèles macro-économiques.

    Il faut dire qu’Henri Prévot n’y va pas quatre chemins : il montre de façon extrêmement convaincante d’une part que le coût du programme dépend énormément du coût de l’électricité et, d’autre part, que ce coût sera considérablement diminué si l’électricité est nucléaire et produite par un établissement public qui pourra disposer de financements garantis pas l’Etat.

    C’est spectaculaire : une ressource financière à 4 % en monnaie constante, au lieu de 8 %, c’est une diminution du coût de l’électricité de près de 30 %.

    Si l’on prend au sérieux la lutte contre l’effet de serre, si l’on considère qu’un programme ne sera accepté que si la population est certaine que l’on ne peut pas faire pour moins cher, il est du devoir des Etats d’utiliser les méthodes les plus efficaces, les traités européens le reconnaissent et le réaffirment en de multiples articles.

    Connaissant le coût, Henri Prévot s’interroge sur les avantages d’une action de la France menée même si elle est seule. Il faut lire son dernier chapitre où il présente plusieurs scénarios de gouvernance internationale. Pour aller droit à la conclusion, si les pays consommateurs ne parviennent pas à limiter suffisamment leurs émissions (ce qui est malheureusement assez probable), les désordres climatiques seront tels que le monde entier demandera aux pays détenteurs de charbon - et de ce qui restera de gaz ou de pétrole - de ne plus en vendre, sauf séquestration du gaz carbonique – et cette demande sera appuyée par tous les moyens de pression que l’on peut imaginer. Mieux vaudra alors avoir fait ce qu’il fallait pour avoir très peu besoin d’énergie fossile ! Cela arrivera dans moins de trente ans. Or, il faut vingt ou trente ans pour que les décisions prises aujourd’hui fassent pleinement sentir leurs effets.
  •      

    Agissons donc sans tarder. Avec quels moyens de politique publique ?

    En médaillon, sir Nicholas Stern dont les propositions sont analysées

    Certains ne jurent que par les marchés de permis d’émettre ; d’autres seulement par l’impôt ; d’autres ne voient que les incitations financières ou fiscales ou que la réglementation.

    Avantages et inconvénients de chacun de ses moyens sont passés au crible. On ne sera pas étonné qu’Henri Prévot propose une politique « composite » qui tire au mieux parti de chaque moyen. Et l’on se trouve heureusement surpris de voir que nos émissions pourraient être divisées par deux ou trois, dans trente ou quarante ans avec un gazole à moins de 1,5 €/l et un fioul à 900 ou 1000 €/l, c'est-à-dire une augmentation des prix de 1 cm€/l/an ou 10 cme€/m3.

    Pour contribuer à sauver notre climat et pour se prémunir contre les effets d’une régulation qui sera d’autant plus brutale qu’elle sera tardive, ce n’est pas trop cher payé.

    Henri Prévot montre aussi comment l’Etat pourrait agir pour que les industriels investissent dès aujourd’hui pour répondre à une demande qui sera créée dans dix ou vingt ans par de futures décisions de l’Etat, comment l’Union Européenne, pour être efficace, devra savoir tirer parti des différences entre les Etats-membres plutôt que de vouloir mettre tout le monde dans le même moule ou sous la même toise, comment des coopération efficaces pourront se faire hors du cadre communautaire, etc.

    On vous l’avait dit : c’est un tableau complet qui nous est présenté.
         

    En conclusion...

    Cela nous change heureusement des plaidoyers convenus pour les éoliennes : couvrir la France d’éoliennes permettrait d’éviter la construction de deux ou trois tranches nucléaires mais obligerait à construire une capacité égale de centrales au charbon, au gaz ou au fioul, coûterait deux fois plus cher et augmenterait nos émissions !

    Cela nous change également des plaidoyers pour le biocarburant tel qu’il est produit aujourd’hui : avec les mêmes surfaces il serait quatre fois plus efficace d’utiliser la biomasse pour produire de la chaleur et alimenter des réseaux de chaleur.

    Cela nous change aussi des discours qui prétendent qu’il suffit d’isoler tous les bâtiments existants sans nous en dire le coût.

    Cela nous change des pactes, des certitudes, des taxes à tout crin, des bidules, des "il n'y a qu'à"...

    ... c’est dire comme ce livre, après les alarmes lancées en particulier par lord Nicholas Stern et par le GIEC, à quelques mois des élections présidentielles, arrive à point. Il faut le lire.

    Absolument ! Naturellement ! Une manière de regarder l'avenir en face sans tomber dans le catastrophisme ou le messianisme religieux !

    Table des matières :
    http://2100.org/PrevotEnergie/
         

    La quatrième de couverture

     
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