George Bush refuse de ratifier le protocole de Kyoto et semble peu se soucier des problématiques environnementales. Certes, mais pas si simple. Il y a le rapport du Pentagone. Alarmant. Par ailleurs, de plus en plus d'hommes politiques, d'Etats et d'entreprises ont décidé de prendre les choses en main. Républicains en tête...
Par Pierre-Ludovic Viollat
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Quoi de neuf ?
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L'Amérique bleue-verte
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En médaillon, Catherine Whitmann, gouvenreur du New Jersey, venue en France défendre l'engagement américain dans la politique du climat
Cinq minutes.
A eux deux, George W. Bush et John Kerry n’ont consacré que cinq minutes au sujet de l’environnement lors des trois débats télévisés de la campagne électorale présidentielle de 2004. Le président américain, il est vrai, n’est pas vraiment porté sur la question : en mars 2001, seulement quelques semaines après son arrivée à la Maison Blanche, il avait annoncé que les Etats-Unis ne ratifieraient pas le protocole de Kyoto, pourtant signé par son prédécesseur Bill Clinton.
Quant à John Kerry, candidat démocrate plus sensible au thème de l’environnement (cousin germain et de Brice Lalonde, et de Patricia Lalonde, par Heninz et Forbes interposés : ceci peut expliquer cela), il n’a probablement pas souhaité aborder en profondeur le sujet, toujours controversé dans une société américaine attachée à son mode de vie. Le pays reste le premier pollueur de la planète : il génère, selon les estimations, entre 21 et 25 % des émissions de dioxyde de carbone dans le monde – alors qu’il ne représente que 5 % de la population mondiale.
Deux ans plus tard, la défense de l’environnement fait pourtant partie des principales questions de société et occupe régulièrement la Une des journaux américains. Les ravages de l’ouragan Katrina pendant l’été 2005 ont certainement contribué à la sensibilisation aux enjeux climatiques. Malgré l’opposition du gouvernement fédéral à tout plan de réduction des émissions de gaz à effet de serre, les initiatives locales fleurissent sur le territoire américain. A commencer par celles menées par certains Etats – notamment la Californie et des Etats du Nord-Est.
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La Californie, un Etat précurseur
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En moins d’un mois, la Californie a ainsi pris deux initiatives majeures qui pourraient très vite avoir des conséquences à l’échelle nationale. Le 30 août, le gouverneur républicain de Californie, Arnold Schwarzenegger, a d’abord annoncé l’adoption du Global Warming Solutions Act. « Nous sommes arirvés à un accord historique sur la législation pour combattre le réchauffement de la planète », a alors indiqué le gouverneur, qui veut faire de la Californie « le leader mondial dans les efforts pour réduire les émissions de gaz à effet de serre ». La loi impose à l’Etat de réduire ces émissions de 25 % d’ici 2020, et de se conformer aux exigences du protocole de Kyoto. C’est un événement en soi que cette mesure historique soit prise par la Californie : l’Etat de l’Ouest américain – le plus peuplé – a toujours été à l’avant-garde en matière d’environnement, établissant des règles ensuite adoptées par d’autres Etats à travers le pays.
Par ailleurs, le 20 septembre, le ministre californien de la justice annonçait avoir lancé des poursuites au civil contre six constructeurs automobiles américains et japonais. Ceux-ci sont accusés d’avoir créé une « nuisance publique » en produisant « des millions de véhicules qui émettent collectivement des quantités massives de dioxyde de carbone ». Là encore, le symbole est fort : en Californie, 32 millions de véhicules sont immatriculés pour 35 millions d’habitants. Los Angeles se retrouve fréquemment en tête du classement des villes les plus polluées. La pollution par les voitures représenterait 30 % du dioxyde de carbone émis en Californie, contre près de 20 % au niveau national.
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8 Etats « verts »
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Si la Californie montre l’exemple, les Etats du Nord-Est ne sont pas en reste. Huit d’entre eux sont aujourd’hui engagés dans un programme appelé RGGI (Regional Greenhouse Gas Initiative, regroupant le Connecticut, le Delaware, le Maine, le New Hampshire, le New Jersey, l’Etat de New York, le Vermont et, à partir de juillet 2007, le Maryland). Ces Etats ont décidé de limiter ensemble les émissions de dioxyde de carbone de leurs centrales électriques. Pour ce faire, ils mettent en place un marché des droits à polluer, sur le modèle de celui du protocole de Kyoto. L’accord prévoit déjà que d’autres gaz que le seul dioxyde de carbone devraient être pris en compte dans le futur, ainsi que d’autres sources de gaz à effet de serre – pas seulement les centrales électriques. Ce programme commun va dans le sens de nombreuses législations adoptées depuis quelques années par ces Etats du Nord-Est. La majorité d’entre eux se sont déjà fixés des objectifs – plus ou moins ambitieux – pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.
Les Etats ne sont pas les seuls à se mobiliser. Les maires commencent aussi à agir. En juin 2005, lors de la Conférence des maires des Etats-Unis, 168 d'entre eux s'engagent à appliquer dans leur ville le protocole de Kyoto. Un an plus tard, la liste s'est allongée à 294 participants, représentant 49,2 millions d'habitants à travers le pays, soit un sixième de la population américaine. Les édiles ont d'ores et déjà prévu d'organiser des audiences publiques des candidats démocrates et républicains aux élections primaires, avant la présidentielle de 2008.
Autre expérience novatrice : le Chicago Climate Exchange (CCX). Parmi les membres du CCX se trouvent des entreprises comme Rolls Royce, Motorola, IBM ; des municipalités comme celles de Chicago, Portland, Oakland ; les Universités de l’Iowa, du Minnesota et de l’Oklahoma. Tous ces membres se sont engagés volontairement – mais aussi légalement – à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, selon des objectifs et un calendrier contraignants. Le premier seuil de réduction doit être atteint en décembre.
La grande nouveauté est la participation des entreprises à ce genre d’initiative, elles qui sont en général réfractaires à toute mesure qui pourrait brider leur compétitivité. Des groupes ayant déjà cherché à réduire leurs émissions de gaz carbonique l’ont fait en améliorant leur efficacité énergétique. Ils ont ainsi découvert qu’ils réalisaient des économies non négligeables sur leur facture énergétique et que les mesures prises permettaient d’engranger d’importants gains de productivité.
L’argument de l’administration Bush pour ne pas ratifier le protocole de Kyoto était d’ordre économique. Selon elle, son application aux Etats-Unis coûterait 5 millions d’emplois au pays. Les défenseurs de l’environnement attaquent maintenant cette estimation. Pour eux, la nouvelle législation adoptée en Californie devrait même profiter à son économie. En s’appuyant sur une étude récente de l’Université de Berkeley, ils affirment que la réduction des émissions de gaz à effet de serre en Californie pour retrouver le niveau de 1990 pourrait chaque année faire augmenter le produit intérieur brut californien de 74 milliards de dollars et contribuer à la création de 89 000 emplois. « La Californie peut établir un leadership mondial dans les politiques climatiques orientées vers la croissance et dans l'innovation énergétique », peut-on lire dans le rapport signé David Roland-Holst. « Des stratégies bien conçues et appliquées peuvent mettre en avant l'énorme potentiel d'innovation de l'Etat et l'appliquer à l'un des défis les plus irrésistibles de notre ère. » Certains chefs d’entreprises estiment que la nouvelle législation devrait conduire à un boom dans les industries développant les énergies alternatives.
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L'environnement, nouvel enjeu politique
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Devant la mobilisation de la société civile, les hommes politiques montent eux aussi au créneau. Face à la position intransigeante de l’administration Bush, des sénateurs démocrates et républicains font des propositions – notamment Jeff Bingaman, Dianne Feinstein, Joseph Lieberman et John McCain. Un homme se détache cependant du lot. Il a fait de la lutte contre le réchauffement climatique son cheval de bataille. Al Gore, l’ancien vice-président des Etats-Unis, malheureux candidat à l’élection présidentielle de 2000 qui avait dû s’effacer devant George W. Bush, a réussi à revenir sur le devant de la scène médiatique grâce à son engagement environnemental.
Présenté au dernier Festival de Cannes, son film sur le réchauffement de la planète, Une vérité qui dérange (An Inconvenient Truth), est devenu le troisième plus gros succès aux Etats-Unis pour un documentaire (derrière Fahrenheit 9/11 et La Marche de l’empereur, mais devant Bowling for Columbine). Le « come back » d’Al Gore dans la vie politique est tel que la question d’une nouvelle candidature à la présidence en 2008 est soulevée – même si l’intéressé dément régulièrement toute velléité de se présenter. Il lui faudrait d’abord emporter l’investiture du Parti démocrate, alors que les sondages auprès des militants donnent aujourd’hui une avance confortable à Hillary Clinton. Ce scénario semble aujourd’hui peu probable, mais dans l’hypothèse où Al Gore serait finalement choisi par les démocrates, il y aurait fort à parier que le thème de l’environnement serait alors débattu pendant plus de cinq minutes entre les candidats à l’élection présidentielle.
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